• Sociologie de l'écrit

    Récit d’un écrivant qui se rêvait d’écrire

    J’ai cette image : je la vois se pencher sur son cahier d’écolier, bien s’appliquer, et ne pas hésiter : ma tante Annie, mon substitut maternel, alors âgée de 94 ans, écrit son journal. Il lui reste quelques mois à vivre. Paul, son époux, le frère de ma mère — cette inconnue —, vient de rejoindre le tombeau familial. Annie écrit. D’abord, pour ne pas oublier : une liste de course, un coup de téléphone à passer, un anniversaire à souhaiter. Puis de pense-bête, le contenu devient parole. Elle me dit : « Paul n’est plus là. Je ne peux plus lui parler. Alors je lui écris. Je lui raconte ce que je fais. On a…

  • Rhétorique

    Discours contre l’invalide

    Mon embarras, citoyens du Conseil, n’est pas tant d’accuser devant vous celui qui se dit invalide — qui oserait s’attaquer à un vieillard impotent ? – mais de dévoiler à vos yeux effarés, l’usurpateur qui depuis des années a trompé votre confiance, détourné à son avantage l’obole qui a fait tant défaut à ceux qui le méritaient vraiment. Car, entendez bien, citoyens du Conseil, il n’y a pas de meilleur citoyen que celui qui vous parle en ce moment : jeune je le suis en effet, et encore pure de tous les forfaits qu’un homme dans un âge avancé ait pu commettre. Je n’ai pas l’expérience de la tromperie, ni de l’escroquerie…

  • Nouvelles

    Altitude zéro

    Au début de l’été, la pente que je gravissais ce matin-là n’avait pas la même raideur. Mon chemin quotidien partait d’un petit studio dans le cinquième sans escalier, à deux pas du canard peint sur le mur, rue Lacépède. Puis, une place en étoile de mer. Je la trouvai là, assise à une terrasse, les bras croisés, ou les mains jointes, je ne sais pas très bien. Posé devant elle, à côté d’une tasse fumante, un livre ouvert sur une page arrachée. A ses pieds, un chiffon de papier froissé. Je béquillai jusqu’à elle, activait la pince à sucre que j’avais bricolée et le lui tendit, tenez, c’est à vous,…

  • Lectures

    Retour sur mes lectures : Journal des faux-monnayeurs par André Gide

    C’est en flânant dimanche dernier au milieu des gondoles remplies de livres sous les toits du Zénith à Dijon – transformé pour l’occasion en grande braderie solidaire au profit du Secours Populaire – que je suis tombé, par hasard, sur ce petit journal du grand auteur. Sur le quatrième de couverture, on peut lire « Rares sont les écrivains qui, parallèlement au roman qu’ils écrivent, tiennent un journal de leur travail et le publient de leur vivant ». Blague à part, je ne connais pas beaucoup d’auteur, sinon aucun, qui ait publié de son fait quoi que ce soit après sa propre mort ; j’aurais écrit : « tiennent un journal de leur…

  • Le roman-feuilleton

    Naissance d’un roman-feuilleton – épisode 5

    La fabrique d’une renommée : du concept à la célébrité. Dans cette fiction, Raoul Béryl possédait un domaine viticole situé sur un des flancs d’un plateau calcaire surplombant Dijon et nommé les Hautes Plates. La particularité de ce type de roche en fait un véritable gruyère parsemé de cavités, de grottes, de gouffres plus ou moins profonds. On dénombre en Côte-d’Or 1282 cavités souterraines. Parmi ces cavités, une en particulier retiendra notre attention dans cet article, peu connue des Dijonnais : la grotte de Nevon qui se déploie sur plus de 22 kilomètres. Pourquoi parler de cette grotte ? Pour sa localisation à proximité de Dijon et pour la part…

  • Le roman-feuilleton

    Les Hautes Plates

    La « bible » 1. Pitch général Deux frères en marge de la société et qui se détestent héritent, de la part de leur oncle qui les a élevés, d’une fortune et d’un domaine viticole de renom ; ils devront, pour conserver l’héritage et affronter leur nouvelle responsabilité, se défaire de leurs démons et se réconcilier. 2. Le concept «Tout individu a droit à une seconde chance, à plus forte raison la deuxième fois. » Jacques Corneloup « … choisir, c’était renoncer pour toujours, pour jamais, à tout le reste et la quantité nombreuse de ce reste demeurait préférable à n’importe quelle unité ». André Gide. Les Nourritures terrestres (1897) « Deviens…

  • Le roman-feuilleton

    La naissance d’un roman-feuilleton – épisode 4

    Un trésor découvert dans le quartier de la cathédrale Saint Bénigne à DIJON. Au mois de janvier 2019, l’Institut National d’Archéologie Préventive (INRAP) découvrit à Dijon, enfoui sous le sol d’une maison ancienne, un lot de trente-quatre pièces de monnaie dont dix en or et un médaillon de mariage en or émaillé représentant les lettres V et C entrelacées, le tout datant de la deuxième moitié du XVe siècle de notre ère. Une des missions de l’INRAP consiste à intervenir lors de la mise en route d’un chantier de construction, par exemple, bien avant la phase d’excavation d’un terrain pour y construire les fondations d’un immeuble. Des sondages permettent de…

  • Le roman-feuilleton

    La naissance d’un roman-feuilleton – épisode 3

    Avec Alcide et Raoul, à la découverte des cadoles, meurgers et autres murs en pierres sèches. Les vignerons rangeaient leurs outils, se protégeaient des intempéries, dans des abris construits à l’aide de pierres sèches calcaires – les laves de Bourgogne. Ces petites cabanes, appelées cadoles ou cabottes, visibles encore aujourd’hui dans les vignobles ou anciennes parcelles en friche autour de Dijon, ont fait l’objet de restaurations attentives de la part de passionnés. https://www.cadoles-et-meurgers.com/ Alcide, un des personnages du roman-feuilleton en construction, habite dans une cadole, sur un plateau calcaire. Le Diogène des cabanes en pierres sèches agrandit son domaine grâce au savoir-faire transmis par Raoul, son oncle, un cep de…

  • Lectures

    Retour sur mes lectures : Au revoir Là-Haut de Pierre Lemaitre

    Déjà quatre ans, la Grande Guerre n’en finit pas ; un jour d’automne, trois hommes que le hasard jette sur le champ de bataille au même endroit au même instant, trois destins entrelacés : rescapés, ils se retrouveront dans l’après-guerre qui glorifie les morts et oublie les vivants. Deux amis et un ennemi. Les deux amis, Albert et Édouard, monteront une arnaque scandaleuse. Quant au capitaine Pradelle – on le méprise dès le premier chapitre –, son ombre inquiétante plane sur eux : jusqu’où la nature humaine peut se fourvoyer par appât du gain et du pouvoir ? La construction de ce roman lui donne un goût pénétrant de reviens-y…