C28F – Le resserrement : réécrire le livre de Richard Bach, Jonathan Livingston le Goéland en 4 pages maximum

Sur le chemin de la sagesse (D’après Jonathan Livingston le goéland de Richard Bach)

Sous un soleil naissant, un bateau remontait sa pêche, suivi dans son sillage par des goélands affamés. Au loin, Jonathan Livingston le goéland s’exerçait dans la solitude, au vol lent.

Le vol, une passion dévorante, lui procurait un plaisir exclusif, au grand dam de ses parents. Inquiets pour sa santé, ils essayèrent de lui faire entendre raison. Son père, plein d’amour pour lui, conseilla de satisfaire sa curiosité pour les techniques de vol dans l’unique but de rendre plus efficace, moins pénible, leur quête de nourriture.

Obéissant tel un bon fils, Jonathan essaya de se fondre dans le clan, mais il ne comprenait pas ce qui motivait le vol utilitaire. À nouveau, il prit ses distances et s’adonna à la vitesse : monter à trois cents mètres puis se laisser tomber en piqué. Déséquilibré, il perdait tout contrôle. Bien qu’il redoublait de courage après de multiples essais, Jonathan chutait inlassablement écrasé dans la mer.

La nuit s’écoula sur ses ailes et son esprit. Une voix intérieure l’enveloppa dans son cocon d’abandon et Jonathan, résigné, s’en retourna vers le rivage.

« Seuls les faucons aux ailes courtes sont capables de telles prouesses ». Oui ! Voilà le secret. Jusqu’au matin, Jonathan Livingston le goéland s’entraîna au vol en piqué, ailes courtes. Une réussite. Oubliée, la voix intérieure. À deux cents kilomètres-heure, il fonça sur le bateau de pêche, évita de justesse les goélands, record de vitesse battu.

Du matin au soir, il enchaînait tonneau lent, à facettes, vol en piqué, looping, vrille – un folklore d’acrobaties. Une première pour un goéland. Il s’imaginait en héros acclamé par son clan. Être libre et apprendre a volé, quelle révélation pour les siens. Oh déception ! Le Grand Conseil le condamna à l’exil pour avoir bafoué la règle élémentaire du clan : le goéland ne vole que pour se nourrir et vivre le plus longtemps possible, rien de plus ! « Va ! Ne reviens jamais ! »

Exilé au-delà des Falaises Lointaines, Jonathan fut abordé par deux goélands flamboyants qui venaient le chercher ; comme lui, ils connaissaient le vol lent, la vitesse, les acrobaties. Il les suivit, pour rejoindre sa vraie patrie.

Jonathan arriva changé, transfiguré, dans un autre lieu qu’il pensa être le paradis. Il testa son nouveau corps et constata qu’il avait aussi ses limites, au milieu d’autres goélands, peu nombreux, plus aguerris. Leur credo : voler jusqu’à la perfection. Mais qu’étaient devenus ceux de son clan ? Pour toute réponse, son moniteur de vol, Sullivan le goéland, lui confia que jamais il n’avait rencontré de goélands aussi rapides dans ses apprentissages.

Il rencontra Chiang, l’Ancien des goélands, plein d’amour pour lui.

— Le paradis ? Il est en toi, Jonathan, et il appartient à toi seul de l’atteindre. Tu y arriveras par la connaissance parfaite du vol instantané.

À ces mots, devant Jonathan stupéfait, Chiang se déplaça plus vite qu’un battement de cil. À sa demande, il lui enseigna sur le champ, l’art du vol par la pensée.

Un jour, Jonathan réussit un vol instantané, par la seule volonté de la pensée. Il se retrouva avec Chiang sur une autre planète. De retour, il fut acclamé pour sa prouesse. Un mois passa, pendant lequel Jonathan poursuivit sa connaissance de la félicité, de la bonté et de l’Amour. L’Ancien des goélands, après l’avoir encouragé dans la poursuite de ses recherches, s’enleva dans un aura sans limites.

N’y avait pas un goéland à former dans son ancien clan ? Jonathan se persuada que sa place était auprès des goélands privés d’enseignement, malgré les supplications de Sullivan

— Reste, Jonathan, tu es plus utile avec ceux qui te comprennent.

— Sullivan, ma place est parmi ceux qui respirent le désire d’apprendre.

Jonathan retourna sur la Terre. Fletcher Lynd le goéland, exclu du clan tout comme Jonathan, fut son premier élève. Il apprit tous les secrets du vol acrobatique, rejoint pas six autres goélands. Pour atteindre la liberté, ils devaient s’affranchir de toutes limites. Ils s’appliquaient et par l’apprentissage du vol pour le plaisir de voler, ils progressaient, pour atteindre la perfection : le vol par la pensée.

De retour au clan, Jonathan et ses élèves, passèrent en vol serré, au-dessus de la plage du Grand Conseil. Haut dans le ciel, ils enchaînèrent des vols en piqué, des tonneaux à 16 facettes, des vrilles, des vols lents, sous les regards effarés des goélands du clan.

— Quiconque, même d’un regard, ose se mêler ou adresser la parole à ces renégats, sera exclu du clan.

Les paroles prononcées par L’Ancien du clan n’eurent aucun effet sur Jonathan. Il continua d’enseigner l’art du vol en formation serrée, enchaînant les figures acrobatiques.

D’autres goélands approchèrent. Certains vinrent gonfler les rangs des élèves. À l’instar de Kirk Maynard le goéland, une aile paralysée, peu confiant puis rassuré par les paroles de Jonathan, s’enleva dans l’obscurité et dans la joie. Ils étaient maintenant un millier de goélands à l’écouter.

— Voler ne fait pas de vous des dieux ou des démons. Vous êtes des goélands libres, et c’est là votre seule loi.

Fletcher Lynd le goéland, pour éviter un bébé goéland, à pleine vitesse, percuta un rocher.

— Je suis mort, Jonathan. Et pourtant je te vois et j’entends tes paroles.

— Non Fletch, tu vis comme moi. Bientôt, tu atteindras le niveau de connaissance qui te permettra de traverser le roc. Tu te sentiras mieux quand nous aurons quitté ces lieux.

Les goélands du clan, menaçant, croyant avoir à faire à quelque démon, se ruèrent sur eux. Fletcher et Jonathan s’enlevèrent, en un instant.

— Tu maîtrises le vol par la pensée, Fletcher. Tu es maintenant prêt pour me succéder.

Il regarda une dernière fois son élève, puis ses contours se dissipèrent ; Jonathan disparut, évanoui dans la nuit.

Fletcher enseigna à son tour le vol à des goélands débutants. Fixés sur les élèves, ses yeux, un instant sévères, se radoucirent. Il venait de ressentir pour eux l’expression d’un amour intense, tel un phare qui le guiderait sur le chemin de la sagesse.

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