C29F L’adaptation : réécrire un texte pour des enfants, d'après la nouvelle de Maupassant "Une ruse"

Maman songe.

Le soir de Noël, Carrie n’arrivait pas à dormir.

— Maman, viens vite ! Il y a un monstre sous mon lit.

Carrie se planta devant sa mère allongée sous la couette. Deux bras enlacèrent la petite fille en pleurs.

— Ce n’est rien ma chérie, dit Susannah en enfilant son peignoir. Je suis certaine qu’il a disparu avec ton cauchemar, ce vilain monstre.

La lune projetait des ombres inquiétantes. La lampe de poche scruta le moindre recoin de la chambre de Carrie. Pas de loup-garou aux dents aiguisées comme des couteaux de boucher ni de géant mangeur d’enfants.

— Dors, mon trésor. Demain c’est Noël. Pense aux cadeaux qu’il y aura sous le sapin.

La fatigue ferma les paupières de Carrie. Sa mère laissa la porte entrebâillée et retourna dans sa chambre. Elle s’arrêta, poussa un cri. À la place du lit, une jeune femme, habillée en robe de princesse, sanglotait.

— Qui êtes-vous ? demanda Susannah. Que faites-vous chez moi ? Où est mon lit ?

— Je m’appelle Rose, dit la princesse. Aidez-moi, je vous en supplie. Il ne bouge plus. Il ne respire plus.

— Mais de qui me parlez-vous ? Je ne suis pas médecin, je suis vétérinaire.

— C’est bien pour cela que je suis ici. Venez vers moi et vous comprendrez.

Ni une ni deux, la jeune femme prit Susannah par la main et prononça des paroles secrètes. La chambre s’agrandit, des chandeliers poussèrent sur les murs, un lit à baldaquin se déplia au milieu de la pièce. « Je dois rêver, c’est ça, je vais me réveiller », pensa Susannah.

— Voici mon ami, le prince Chat Amant, dit Rose.

Un petit homme à tête de chat semblait dormir, lové sur le lit. Susannah s’approcha et commença l’examen clinique du prince. Au bout de trente secondes, elle se tourna vers la princesse.

— Je suis désolée. J’ai bien peur que la vie l’ait quitté.

La jeune femme se mit à pleurer encore plus fort. Elle expliqua, en hoquetant, que le prince à tête de chat n’était pas son mari. Depuis toute petite, elle habitait dans le château familial en ruine. Un jour, Jabbar Beubleue, un seigneur cruel et richissime, proposa de leur prêter beaucoup d’argent. En échange, ses parents acceptèrent qu’elle devînt sa femme. Jabbar avait un défaut, la jalousie. Mais ce que Rose craignait par-dessus tout : les nuits de pleine lune.

— Mon mari va rentrer, dit Rose. Qu’est-ce que je vais devenir ? Mon Dieu, vous ne savez pas de quoi il est capable.

Susannah pensait : « C’est un rêve. Je vais me pincer et je vais me réveiller ». Elle se pinça très fort, mais rien ne changea. Au contraire, Rose hurlait son désespoir : « Mon amour! Tu n’es plus! Oh mon amour! ». Et elle l’embrassait sur le museau, lui caressait la tête, lui frisait les moustaches, le tenait par les pattes avant et le secouait comme on secoue un jouet cassé.

La porte d’entrée claqua. Rose sursauta.

— Vous ne comprenez donc pas, dit-elle. Mon mari arrive. Il va découvrir mon Chat Amant. Et il va…

— D’accord. Je vais vous aider.

Des pas montaient les escaliers. Jabbar serait là d’un instant à l’autre.

— Je réfléchis. Pouvez-vous faire apparaître des objets ?

— Oui bien sûr, répondit Rose. À quoi pensez-vous ?

— À une caisse de transport pour chat. Un grand modèle, s’il vous plait.

Les murs de la chambre se mirent à trembler, comme si on frappait contre avec une masse. Puis la porte de la chambre s’ouvrit. Jabbar Beubleue posa ses mains sur ses hanches, jambes écartées.

— Mais qui voilà ? fit le géant d’une voix forte, nous avons de la compagnie !

— Bonsoir monsieur. Je suis vétérinaire. Votre femme m’a contactée. Elle a trouvé un chat blessé dans sa chambre. Voilà ce qui arrive, quand on laisse une fenêtre entrouverte. Aidez-moi à transporter la caisse jusqu’à ma voiture, je vous prie. Elle est un peu lourde pour moi.

Jabbar, incrédule, observait la caisse. D’une main il la souleva et tenta d’examiner son contenu. Mais devant le regard apeuré de sa femme, il s’abstint d’aller plus loin.

— Je suis allergique aux poils de chat, dit Jabbar. La dernière fois que j’en ai tenu un dans les bras, j’ai éternué si fort que la moitié du quartier s’en souvient encore. Ne t’inquiète pas, mon amour, je ne le toucherai pas. Je vous accompagne. Madame ?

— Appelez-moi Susannah, dit-elle, en essuyant son front trempé de sueur.

Les douze coups de minuit résonnèrent dans l’escalier. Dehors, Susannah et Jabbar se faisaient face, éclairés par la pleine lune.

— Eh bien Susannah, où est votre voiture ?

Elle inventa une réponse.

— Que suis-je bête. À minuit, mon carrosse se transforme en citrouille, et les cochers en rats.

— Ha! Ha ! Ben voyons. Et moi en loup-garou. Et où sont les rats et la citrouille ?

— Ah oui. Euh…les rats ont mangé la citrouille et…et ils se sont enfuis.

Jabbar Beubleue s’approcha d’elle. Il fut pris de convulsions. Son corps s’étira, se gonfla. Son visage s’allongea, se couvrit de poils. Il regarda la lune et poussa un long hurlement. Il ouvrit une gueule immense, découvrant quatre longues canines pointues.

— Tu me mens ! Tu me mens ! aboya-t-il.

Susannah se cacha le visage, étouffa un cri.

— Maman ! Maman ! dit une petite voix.

Susannah cligna des yeux. Une douce lumière l’enveloppait.

— Carrie ? Mais, qu’est-ce que je fais là ? dit Susannah, allongée au pied du lit de sa fille.

— Ma petite maman, répondit Carrie, tu as fait un cauchemar. Alors, toi aussi tu as eu peur du monstre ?

— Allons voir ce que le père Noël t’a apporté, tu veux bien !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :