Le roman-feuilleton

La naissance d’un roman-feuilleton – épisode 2

Le vin, un sujet qui rassemble et qui divise.

C’est parti d’un échange de propos ministériels en janvier 2019 qui, par le buzz médiatique, s’est transformé en polémique. Et pour faire bonne mesure, sur un terreau présidentiel apporté l’année précédente.

Rappelez-vous, Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture déclare sur un plateau télé et à l’antenne d’une radio : « Le vin n’est pas un alcool comme les autres »… « Il faut lutter contre toutes les addictions, il faut éduquer les Françaises et les Français et la jeunesse au bon » … »Il faut éduquer à boire un verre de vin pour voir ce que c’est, car la viticulture est un secteur économique fort ».

Vous pouvez retrouver cette interview en cliquant ICI.

Un peu plus tard, pour répondre à cette idée (qui n’est pas neuve) avancée par le ministre de l’agriculture qu’il y aurait un bon alcool et un mauvais alcool, Agnès Buzyn, ministre de la Santé affirme :  » Si le vin fait partie de notre patrimoine, et qu’en cela on peut considérer qu’il n’est pas un alcool comme un autre et qu’il fait partie de la culture nationale, la molécule d’alcool contenue dans le vin est exactement la même que celle contenue dans n’importe quelle boisson alcoolisée « 

Petite précision qui a son importance. Le premier message est clair comme du vin bourru. Le deuxième donne une précision : il distingue « alcool » terme générique dont fait parti le vin et « la molécule d’alcool » que contient le vin.

Concernant le terreau présidentiel, c’était une phrase prononcée par Emmanuel Macron par laquelle il confiait boire un verre de vin midi et soir, crevant le plafond des 10 verres par semaine, limite à ne pas dépasser selon les spécialistes en addictologie.

Mais d’où vient cette sacralisation du vin en France ? En littérature,
Émile Zola distinguait dans L’Assommoir (1877) alcool et vin par la bouche de Gervaise, face au goût immodéré de son mari pour l’absinthe : « Le vin, elle le pardonnait, parce que le vin nourrit l’ouvrier ; les alcools, au contraire, étaient des saletés, des poisons qui ôtaient à l’ouvrier le goût du pain. »

Plus près de nous, le regretté Pierre Desproges (grand écart après Zola) dans une envolée lyrique :

J’étais littéralement fou de cette femme. Pour elle, pour l’étincelance amusée de ses yeux mouillés d’intelligence aiguë, pour sa voix cassée lourde et basse et de luxure assouvie, pour son cul furibond, pour sa culture, pour sa tendresse et pour ses mains, je me sentais jouvenceau fulgurant, prêt à soulever d’impossibles rochers pour y tailler des cathédrales où j’entrerais botté sur un irrésistible alezan fou, lui aussi.
(…)
Je l’emmenai déjeuner dans l’antre bordelais d’un truculent saucier qui ne sert que six tables, au fond d’une impasse endormie du XVè où j’ai mes habitudes. Je nous revois, dégustant de moelleux bolets noirs en célébrant l’automne, romantiques et graves, d’une gravité d’amants crépusculaires. Elle me regardait, pâle et sereine comme cette enfant scandinave que j’avais entrevue penchée sur la tombe de Stravinski, par un matin froid de Venise. J’étais au bord de dire des choses à l’eau de rose, quand le sommelier est arrivé. J’avais commandé un Figeac 71, mon saint-émilion préféré. Introuvable. Sublime. Rouge et doré comme peu de couchers de soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Éclatant en orgasme au soleil. Plus long en bouche qu’un final de Verdi. Un vin si grand que Dieu existe à sa seule vue.

Elle a mis de l’eau dedans. Je ne l’ai plus jamais aimée.

Pierre Desproges. L’aquaphile (10 avril 1986) Chroniques de la haine ordinaire.

Les exemples sont nombreux en littérature, de la simple évocation au roman consacré en passant par le recueil de nouvelles, comme Le Rouge et le Blanc de Jean-Marie Laclavetine (1994). On peut lire sur le quatrième de couverture  » « Un même amour du vin (cadeau des dieux, cadeau du diable) réunit et agite les personnages de ces dix nouvelles. Quoi de commun, sinon, entre un pêcheur à la mouche, deux jeunes dégénérés, une héritière sans états d’âme, un vigneron concupiscent, des amants d’un soir, un fantôme terré dans une cave, un père naïf et son fils rusé, un sorcier, deux copains comme cochons, un buveur en plein cauchemar, un curé mélancolique ? Tous ont une passion – joyeuse ou funèbre, passagère ou fatale, raisonnée ou délirante, érudite ou bestiale – pour le vin.
Qu’il fasse rire ou qu’il inquiète, c’est bien le vin, sous tous ses aspects et dans tous ses éclats, qui forme l’unique miroir de ces vies et leur donne leur coloration, leur acidité, leur saveur. »

Traduit en chiffres bruts, le vin se situe en très bonne position dans les habitudes de consommation des françaises et des français.

Petit calcul tout simple que chacun peut faire chez soi pour son propre compte. Prenons le mien par exemple : je bois 4 verres de vin par semaine, 2 verres le samedi et 2 le dimanche pour être précis. Si on admet que l’année représente environ 50 semaines (on compte 2 semaines d’abstinence totale), vous avez compris, ma consommation s’évalue à 200 verres de vin par an. Mais que représente en quantité un verre de vin ? J’ai mesuré la contenance du verre que j’utilise : 15cl. Mon corps distille donc 30 litres de vin par an. Le vin contient de l’alcool pur, ça, on le savait. Mais en quelle quantité ? Sur une bouteille de vin, le titre d’alcool est exprimé en degré. Pour un vin à 12°, 12 degrés d’alcool représentent 12 cl d’alcool pur pour un litre de vin. Je consomme donc en un an 3,6 litres d’alcool pur. Je trouve ça énorme. Et pourtant, quand je regarde le tableau ci-dessus je me situe en dessous de la moyenne qui est de 6,79 litres d’alcool pur par an et par personne de plus de 15 ans.

Mais dans tout ça, quid de l’information sur les conséquences de la consommation d’alcool sur la santé, pour celui qui s’en préoccupe – pour soi-même ou pour ses enfants – , c’est-à-dire à peu près tout le monde ? À y regarder d’un peu plus près, on dispose de peu de chose : prenez une bouteille de vin. Cherchez une information vous informant sur les dangers liés à la consommation du produit. Vous n’avez pas trouvé ? Si, regardez bien, à côté du fameux 12% , vous voyez ? L’image barrée d’une femme enceinte, un verre à la main. Bon d’accord, c’est très très petit (il doit être lisible, mais la loi ne stipule pas de taille minimale). On ne voit pas ce qu’il y a dans le verre de cette femme. Est-ce du lait ? De l’eau ? Du vin ? Bon, j’abuse un peu.

Imaginez maintenant, sur chaque bouteille de vin, une étiquette sur le devant de la bouteille avec marqué sur près du tiers de sa surface, encadrée, en noir sur fond blanc, l’inscription « Boire du vin tue », et au dos de la bouteille , une deuxième étiquette avec marqué sur près de la moitié de sa surface, encadrée, en noir sur fond blanc, l’inscription « Les buveurs de vin meurent prématurément ».

L’alcool tue 40 000 personnes par an. C’est moins que la cigarette avec 73 000 morts par an. Il faudrait peut-être se pencher sur le cas des alcoolos tabagiques responsables de fausser les statistiques : sont -ils comptés deux fois ?

Encore un sujet de discorde dans les familles. Surtout quand un roman-feuilleton en préparation met en avant des personnages qui se serviront de cette polémique pour faire parler d’eux.

– Quels personnages ?

– Certains personnages du roman-feuilleton en préparation. Vous en saurez plus la semaine prochaine.

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