• C28F – Le resserrement : réécrire le livre de Richard Bach, Jonathan Livingston le Goéland en 4 pages maximum

    Sur le chemin de la sagesse (D’après Jonathan Livingston le goéland de Richard Bach)

    Sous un soleil naissant, un bateau remontait sa pêche, suivi dans son sillage par des goélands affamés. Au loin, Jonathan Livingston le goéland s’exerçait dans la solitude, au vol lent. Le vol, une passion dévorante, lui procurait un plaisir exclusif, au grand dam de ses parents. Inquiets pour sa santé, ils essayèrent de lui faire entendre raison. Son père, plein d’amour pour lui, conseilla de satisfaire sa curiosité pour les techniques de vol dans l’unique but de rendre plus efficace, moins pénible, leur quête de nourriture. Obéissant tel un bon fils, Jonathan essaya de se fondre dans le clan, mais il ne comprenait pas ce qui motivait le vol utilitaire.…

  • C27F – L’amplification : développer une histoire en plusieurs longueurs

    Evasion : le cas des colles

    Les portes grincèrent, leurs dents d’acier prêtes à mordre. À tâtons, la camionnette du blanchisseur avança, effrayée par la bête carcérale, puis franchit l’enceinte du pénitencier de Melbourne. En dessous, des vapeurs d’essence et d’huile moteur enveloppaient Charlie, dégoulinant de sueur, scotché. Tout près, la liberté bientôt recouvrée allait chasser cette puanteur enivrante. Elle exhalerait son parfum de soleil, promesse d’un avenir sans limites. Mary, l’amour de sa vie, poserait sa peau satinée sous sa main affamée. Encollé sous le ventre du Sprinter Mercedes, il jubilait : « La gueule des matons quand ils verront qu’il n’y a plus rien à voir. Pschitt ! Évaporé le Charlie » Un coup de volant…

  • C26F – Ouvrager ses phrases

    Le fléau.

    Longtemps, Noé s’est levé de bonne heure. Parfois, réveillé par son chat, compagnon d’infortune. Raminagrobis demeurait là, le plus souvent le derrière posé sur l’oreiller, le regard fixe, attendant que son maître lui prépare sa nourriture. Pendant que le matou dégustait son plat favori, un lapin au fumet ambroisien*, le commandant Noé procédait aux vérifications d’usage. Seuls rescapés d’un holocauste programmé, cet homme et son ami à quatre pattes furent choisis par les dirigeants des dernières nations démocratiques pour mener à bien une mission capitale : transporter sur l’astre habitable le plus proche — une exoplanète située à 1,3 parsec** de Proxima du Centaure — les embryons congelés de chaque espèce animale,…

  • C25F – Se documenter et trouver des sujets

    Cena in carcerem

    Monsieur le commissaire, Cela fait maintenant quatre ans que je croupis dans cette prison, au départ pour un simple vol. Plus tard pour des soupçons de meurtre, celui d’un homme savant qui partageait ma cellule et qui me parlait sans cesse de ses travaux sur les livres anciens, notamment la Cena Cypriani. Pourtant, j’ai des révélations à vous faire qui prouveront mon innocence : comment vous exprimer, du fond de ma geôle, l’horreur qui chaque jour prend corps devant moi, sous la forme d’un homme décharné. Il prononce des paroles insensées, me dit qu’il est le fils de Charmi – une légende – et qu’il vient se venger d’une mort atroce.…

  • C22F – Écrire une nouvelle pour des enfants

    Le parchemin voyageur.

    La route immergée reliant l’île au continent se découvrait sous un soleil naissant. Max et Jo criaient leur joie : deux mois de vacances, au bord de l’océan, chez tata Lily et tonton Archibald, un vieux loup de mer qui avait travaillé avec leur père. Ce couple de retraités était venu s’échouer à deux encablures* du passage du Gois. Ce matin, les orphelins avaient pris un petit déjeuner rapide. Une mission de la plus haute importance les attendait : braver l’interdit. — Est-ce qu’on retourne sur la plateforme, comme l’année dernière ? demanda Jo, les yeux brillants d’impatience. — On y va maintenant, répondit Max. Nous avons trois heures devant nous si l’on ne…

  • C21F – La nouvelle avec effet de chute

    Final amer.

    Vide. C’est le premier mot qui se présenta. Aucune image mentale. Rien pour s’accrocher à un début de phrase, aucun sujet palpitant pour attirer le lecteur dans ses filets. Les doigts posés sur le clavier, le cigare en bouche et le pur malt à portée de main, c’est avec un œil gauche à moitié fermé – dommage collatéral d’une bagarre en deux actes, le soir de la fête nationale au Champs-de-Bataille – que Marc Lachaussée attendait sa muse. Revivre cette soirée avec Lucie, gâchée par ces deux invités surprise, une piste. Il se leva, prit son blouson, le noir, pas le bleu marine – il n’avait pas eu le temps…

  • C20F – Raconter une histoire en une phrase

    Et soudain,je vole !

    L’horizon emplit mes poumons d’inquiétudes; l’abîme en dessous aspire mon regard et mes plumes frémissent sur mes ailes déployées : tout mon corps en dedans, mon esprit en dehors, se projettent – la peur me dit : « fuis ton destin », un instant, pour attendre – alors je me jette, d’un bond je tombe et glisse et retombe, chahuté par les vents, d’un côté la falaise et de l’autre la mer, bientôt approche l’écume et soudain, je vole !

  • C16F – Savoir entretenir le suspense

    Théo le magnifique.

    «Théo, c’est mon prénom. J’ai 8 ans. Mon papa m’a expliqué : Théo ça veut dire Dieu en grec. C’était avant, maintenant, il est parti pour toujours. Lui, c’était Alexandre, un conquérant. Maman ne veut plus qu’on parle de mon papa alors je lui écris sur un cahier tous les jours. Maman ne le sait pas…» Un sifflement strident. Magnien tend le bras et attrape la bouilloire. L’odeur du café matinal emplit son bureau au 36 quai des Orfèvres. Une sonnerie. Il referme le cahier et décroche. — Oui, Magnien. Ecoute Leblanc : le gosse est introuvable, ça tu sais. Sa mère est muette comme une carpe, ça aussi tu sais. Son…

  • C8F - Le pastiche et la parodie

    Première goulée.

    Elle ne manque pas d’air. C’est là sa raison d’être. Les suivantes, moins amples, plus régulières, ne donnent qu’un sifflement cadencé, un train-train maîtrisé. Avant la dernière, il est temps d’arrêter si on ne veut pas trépasser. Mais la première goulée ! Goulée? Propulsé dans la goule¹, le mélange détendu s’insinue par l’embout, puis vient frapper la langue du plongeur assoiffé d’aventures. La luette, non moins épargnée , se balance d’avant en arrière, toute secouée par cette première giclée. Elle cristallise tous les désirs : nous délivrer du quotidien, de la routine, alors oui, c’est la jouissance dans le plaisir silencieux, la promesse d’une plongée dans les abîmes à en perdre…